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Validation externe

Le corpus de doctrines est positionné à la main : ses corrélations mesurent en partie nos propres présupposés. Le Chapel Hill Expert Survey fournit un contre-test indépendant, où des centaines d'experts nationaux notent des partis réels sans notre intervention.

1441 observations parti-année, 90 variables, de 1999 à 2024. 17 de nos 22 axes ont un équivalent mesurable.

Ce que cette source ne peut pas arbitrer

Cinq axes n'ont aucun équivalent dans ces données. Sur ceux-là, le référentiel reste invérifiable de l'extérieur, et il faut le dire :

Corpus contre données externes

Pour chaque paire d'axes que notre corpus donne comme très corrélée, la même corrélation est recalculée sur les partis réels. Un écart important signale soit un biais de notre corpus, soit une redondance que nous sous-estimions.

Paire d'axesCorpusCHESnVerdict
Libertés individuelles et ordre public / Ouverture aux migrations+0.81+0.901117redondants confirme
Source de légitimité de la loi / Normes sociales — conservation ou transformation+0.88+0.85879redondants confirme
Conception de l'appartenance nationale / Normes sociales — conservation ou transformation-0.66-0.82673coherent
Coordination économique / Ouverture commerciale+0.83+0.58246corpus trop correle (notre biais)
Force des contre-pouvoirs / Libertés individuelles et ordre public+0.73+0.77242coherent
Conception de l'appartenance nationale / Ouverture aux migrations+0.76+0.86914redondants confirme
Propriété des moyens de production / Coordination économique+0.81+0.95492redondants confirme
Redistribution des richesses / Étendue des missions de l'État+0.72+0.931122redondants confirme
Conception de l'appartenance nationale / Reconnaissance politique des appartenances-0.14-0.89912redondants confirme
Souveraineté populaire ou gouvernement par l'expertise / Force des contre-pouvoirs+0.16-0.29244coherent
Souveraineté et intégration supranationale / Conception de l'appartenance nationale+0.34+0.54919coherent
Souveraineté et intégration supranationale / Ouverture aux migrations+0.24+0.411120coherent
Redistribution des richesses / Propriété des moyens de production+0.81+0.951125redondants confirme
Priorité écologique / Normes sociales — conservation ou transformation+0.43+0.69694coherent
Centralisation du pouvoir / Conception de l'appartenance nationale+0.33+0.27913coherent

Toutes les paires, confrontées

Le tableau ci-dessus ne teste que les paires annoncées comme proches. La matrice reprend les 131 paires mesurables des deux côtés. L'écart médian entre corpus et experts est de 0,22 ; les deux matrices se ressemblent nettement (corrélation de 0,79 entre leurs cases), et 46 paires s'écartent d'au moins 0,30. Cliquer une case donne les deux intervalles de confiance et le nuage du corpus.

Quand les signes s'opposent

6 paires ont des corrélations de signes contraires dans le corpus et chez les experts, les deux au-delà de 0,25 en valeur absolue et écartées d'au moins 0,30. Le CHES ne note que des partis de démocraties européennes : le tableau recalcule les corrélations du corpus sans les doctrines qui n'y ont pas d'équivalent, les régimes autoritaires ou totalitaires (Communisme soviétique, Fascisme, Socialisme de marché (titisme)) ; les doctrines théocratiques (Contre-révolution catholique, Wilayat al-faqih (gouvernement du juriste), Islamisme frériste, Salafisme quiétiste, Reconstructionnisme chrétien) ; les doctrines sans État (Anarcho-capitalisme, Anarcho-syndicalisme). Il reste 31 observations.

Sans ces doctrines, toutes ces corrélations s'affaiblissent : 1 passe du côté des experts, 3 tombent près de zéro et 2 gardent le signe du corpus. Retirer un seul groupe ne suffit à inverser aucune paire.

Paire d'axesCorpusSans autoritairesSans théocratiquesSans doctrines sans ÉtatSans ces doctrinesCHES
Source de légitimité de la loi / Reconnaissance politique des appartenances-0,28-0,350,00-0,28-0,070,68
Force des contre-pouvoirs / Étendue des missions de l'État0,470,340,470,400,21-0,45
Étendue des missions de l'État / Libertés individuelles et ordre public0,280,150,340,05-0,19-0,50
Propriété des moyens de production / Force des contre-pouvoirs0,330,200,330,380,21-0,33
Coordination économique / Ouverture aux migrations0,250,090,260,15-0,06-0,38
Reconnaissance politique des appartenances / Ouverture commerciale0,280,220,220,250,06-0,32

La case qui décide d'un axe

L'axe universalisme / reconnaissance des groupes ne se justifie que si la combinaison « appartenance civique et État aveugle aux groupes » existe vraiment. Si cette case est vide, l'axe ne sert à rien.

ConfigurationPartis-annéesPart
civique + assimilationniste (universalisme republicain)899,8 %
hérité + assimilationniste (national-populisme)42947,0 %
civique + reconnaissance (multiculturalisme)35038,4 %
hérité + reconnaissance (ethno-differentialisme)444,8 %

La comparaison qui recadre le projet

Une ACP sur les données externes, 12 axes × 484 partis-années complets, donne un résultat nettement différent du nôtre.

Sur notre corpusSur les partis réels
PC133,1 %59,0 %
PC227,5 %19,3 %
PC310,4 %7,4 %

Sur des partis réels, une seule dimension capture bien davantage que sur nos doctrines. Ce n'est pas une contradiction : un corpus de doctrines choisit délibérément des courants éloignés les uns des autres, là où les partis d'un même espace politique se ressemblent. L'énoncé qui tient dans les deux cas : une dimension ne suffit jamais.

Contrôle : le résultat tient-il à la variable choisie ?

AxeVariable retenueVariable de contrôler
Force des contre-pouvoirsexecutive_powerjudicial_independence+0.69divergentes
Reconnaissance politique des appartenancesmulticulturalismethnic_minorities+0.90coherentes
Coordination économiqueecon_intervenderegulation+0.95coherentes
Priorité écologiqueenvironmentclimate_change+0.86coherentes
Étendue des missions de l'Étatspendvtaxredistribution+0.93coherentes

De quoi les axes traditionnels sont faits

Les experts notent aussi chaque parti sur une gauche-droite économique (lrecon), une dimension libertaire-autoritaire (galtan) et une gauche-droite générale (lrgen). Un axe du référentiel est rattaché à lrecon ou à galtan si sa variable y est corrélée à au moins 0,70, et plus qu'à l'autre : 4 axes pour la première, 8 pour la seconde. C'est la composition que les graphiques du site imposent quand on choisit les axes traditionnels ; les poids, eux, viennent du corpus.

La gauche-droite générale se reconstruit à R² = 0,85 à partir des deux autres, avec des coefficients standardisés de 0,64 pour lrecon et 0,46 pour galtan (n = 1440). Les partis associent en partie les deux dimensions : r = 0,37.

Le tableau complet des corrélations, les poids ajustés et ce que coûte d'imposer ces axes sont sur la page ACP du corpus.

Lecture et conséquences

Ce fichier ne contient aucun tableau de chiffres. Les corrélations, les effectifs et les comptages sont produits par outils/valider_ches.py, écrits dans data/validation-ches.json, et insérés dans la page Analyses → Validation externe à la construction du site.

Source. Rovny, Bakker, Hooghe, Jolly, Marks, Polk, Steenbergen et Vachudova (2025), « The 2024 Chapel Hill Expert Survey on political party positioning in Europe: Twenty-five years of party positional data », Electoral Studies 97. https://doi.org/10.1016/j.electstud.2025.102981 — CC-BY 4.0.

Reproduire : python outils/valider_ches.py, après avoir téléchargé le fichier de données depuis https://www.chesdata.eu/ches-europe et l'avoir placé dans data/sources/, dont le README donne les noms de fichiers attendus.


Ce que la couverture permet, et ce qu'elle interdit#

Toutes les bornes ont été vérifiées sur le codebook et le sens de chaque variable réaligné sur le nôtre. Ce travail a corrigé deux erreurs de notre référentiel : une variable que nous croyions inexistante l'était, une autre était orientée à l'envers, ce qui inversait le verdict d'un contrôle.

Plusieurs variables ne sont posées que sur certaines vagues, ce qui réduit les effectifs. Toutes les corrélations sont donc calculées sur les observations complètes par paire, avec l'effectif reporté à côté.

Asymétrie décisive : cette source teste crédiblement nos séparations culturelles, et ne peut pas tester nos séparations économiques. Elle dispose de plusieurs variables culturelles distinctes, mais traite l'économie comme une dimension unique mesurée plusieurs fois.


Le test décisif : notre hypothèse de biais était fausse#

Nous avions attribué la forte corrélation entre libertés/ordre public et migration à nos propres présupposés : nous aurions placé les doctrines autoritaires en bloc du côté fermé. Des experts indépendants, sur plus d'un millier d'observations, donnent une corrélation au moins aussi forte que la nôtre.

Elle est donc réelle. Dans l'espace des partis européens, libertés publiques, migration, mœurs, religion et identité nationale forment un bloc largement unidimensionnel.

Ce qu'il faut en conclure, et ne pas en conclure. Les distinctions restent pédagogiquement justes : ce sont bien des questions différentes, et les cas où elles divergent sont exactement ceux que le projet veut rendre visibles. Mais elles ne sont pas des dimensions indépendantes, et il serait malhonnête de les présenter comme telles. Un questionnaire qui pose cinq questions fortement corrélées mesure une chose cinq fois, en fatiguant l'utilisateur. C'est la raison d'être du modèle de déduction.


Pourquoi l’économie n’est pas testable ici#

Les paires économiques affichent des corrélations très élevées. Ce n'est pas une réfutation de notre décomposition économique, parce que l'enquête ne la mesure pas. Elle ne comporte aucune variable de propriété. Nos axes économiques y sont approchés par des variables qui agrègent explicitement privatisation, impôts, régulation, dépense publique et État-providence : plusieurs mesures d'un même construit. Qu'elles corrèlent très fortement était acquis d'avance, et le contrôle sur variables alternatives le confirme.

Conséquence : la décomposition propriété × coordination — la démonstration fondatrice du projet — n'est ni validée ni infirmée ici. Il faudrait un instrument qui mesure séparément la propriété, ce qui n'existe pas dans les enquêtes d'experts disponibles. C'est un manque à documenter, pas un résultat à maquiller dans un sens ou dans l'autre.


Universalisme et reconnaissance des groupes : nuancé, et instructif#

C'est l'axe dont nous étions le plus satisfaits, quasi orthogonal à l'identité nationale dans notre corpus. Les données externes le donnent fortement corrélé. C'est le plus grand écart de toute la validation. Pris au pied de la lettre, l'axe serait redondant.

Mais la corrélation globale masque la question qui compte. L'axe existe pour capturer une case précise : nation civique et État aveugle aux groupes, c'est-à-dire l'universalisme républicain, qui s'oppose simultanément au multiculturalisme et au national-populisme. Cette case est-elle peuplée ?

Elle l'est, à hauteur d'environ un dixième des observations — le comptage exact est sur la page d'analyse. Et en France, elle contient exactement ce qu'elle devait contenir, la famille centriste-républicaine :

MoDem   2024   nationalism 3.3   multicult 5.3   civique + assimilation
UDF     2006   nationalism 3.5   multicult 6.7   civique + assimilation
PRG     2014   nationalism 4.0   multicult 5.0   civique + assimilation
LREM    2019   nationalism 4.0   multicult 5.6   civique + assimilation
RE      2024   nationalism 4.0   multicult 5.6   civique + assimilation

Verdict : ce n'est pas une dimension indépendante, c'est une configuration minoritaire réelle. L'axe est conservé, mais l'argument est revu à la baisse : il ne capte pas une moitié de variance ignorée, il capte une minorité de cas que l'axe d'identité range mal — et ces cas sont précisément au centre du débat français, qui est notre périmètre v1.

Symétriquement, notre corpus était biaisé dans l'autre sens : nous y avions peuplé les quatre cases de façon à peu près équilibrée, alors que l'espace réel est diagonal aux cinq sixièmes. Notre quasi-orthogonalité était aussi un artefact.


Un de nos axes se révèle composite#

Les deux items d'accountability horizontale ajoutés à l'enquête en 2024, contraintes sur l'exécutif et indépendance judiciaire, sont tous deux rattachés chez nous à un seul axe. Ils ne corrèlent que modérément entre eux.

Contraindre l'exécutif et préserver l'indépendance des juges sont donc des positions liées mais distinctes, et notre axe unique les agrège. Axe candidat à instruire : séparer les contraintes sur l'exécutif de l'indépendance judiciaire.


Quand le corpus et les experts se contredisent de signe#

La matrice complète fait apparaître un désaccord que les paires testées une à une ne montraient pas. Dans le corpus, l'intervention économique va avec l'autorité ; chez les partis européens, elle va avec les libertés. Les doctrines qui donnent à l'État des missions étendues, ou qui coordonnent l'économie, sont plutôt celles qui privilégient l'ordre public, affaiblissent les contre-pouvoirs et ferment les frontières. Chez les partis réels, c'est l'inverse : ceux qui veulent plus de dépense publique sont plutôt libéraux sur les libertés et l'immigration. Une autre inversion touche la religion : dans le corpus, un fondement religieux de la loi va avec la reconnaissance juridique des groupes, sous forme de statuts confessionnels ; chez les partis européens, les partis religieux sont plutôt assimilationnistes.

Deux explications se cumulent.

La composition du corpus. Il contient des doctrines qu'aucun parti noté par le CHES ne représente : des régimes autoritaires ou totalitaires, où l'État total est aussi un État policier ; des doctrines théocratiques ; et des doctrines sans État, où l'absence d'État va avec le maximum de liberté. Le test est publié avec la page : retirer un seul de ces groupes affaiblit certaines corrélations sans en inverser aucune, retirer les trois les affaiblit toutes, en fait basculer une partie du côté des experts et ramène les autres près de zéro. L'écart tient donc à l'ensemble de ces doctrines, et à aucune famille seule. L'inversion religieuse est la plus nette à cet égard : elle disparaît dès qu'on retire les seules doctrines théocratiques.

La mesure. La variable du CHES rattachée à l'étendue des missions de l'État est un indicateur indirect : l'arbitrage entre services publics et baisses d'impôts. Elle mesure l'État-providence, pas l'emprise de l'État sur la société, qui fait partie de notre axe. Sur des partis démocratiques, les deux se confondent avec la gauche économique ; sur des doctrines, non. Les paires qui gardent le signe du corpus même sans ces doctrines concernent les contre-pouvoirs, mesurés sur une seule vague d'enquête.

Ni l'une ni l'autre source n'a tort : elles décrivent deux espaces différents. Le corpus décrit l'espace des doctrines, où « plus d'État » peut vouloir dire moins de libertés ; les partis européens décrivent un espace démocratique où « plus d'État » veut dire plus de redistribution. Le lien entre taille de l'État et libertés n'est donc pas une propriété des idées politiques en général, et le site ne doit pas le présenter comme tel. C'est aussi un argument pour le point 4 ci-dessous : un corpus qui garde ses extrêmes historiques doit dire ce qu'ils font à ses corrélations.


Pourquoi les deux ACP ne donnent pas le même chiffre#

Une ACP sur les données externes donne une première composante nettement plus dominante que la nôtre. Sur des partis réels, une dimension capture bien davantage que sur notre corpus de doctrines.

Ce n'est pas une contradiction, et l'explication compte plus que le chiffre. Un corpus de doctrines choisit délibérément des courants éloignés les uns des autres, y compris des extrêmes historiques qui étirent l'espace ; les partis d'un même système politique se ressemblent bien davantage. Le nombre dépend aussi de la composition en axes, ici comme là-bas.

Le seul énoncé robuste dans les deux cas : une dimension ne suffit jamais, deux valent beaucoup mieux, et il en faut plusieurs de plus pour presque tout. C'est ce qui est affiché en une ligne sur la page d'accueil, fourchette comprise — la fourchette n'est pas de l'imprécision, c'est le résultat.

Autre différence notable : sur les partis réels, la composante dominante est culturelle et la seconde économique, alors que les deux sont presque à égalité dans notre corpus. La compétition partisane européenne contemporaine est plus structurée culturellement qu'un corpus de doctrines historiques.


Ce qu'il reste à faire#

  1. Traiter la redondance du bloc culturel. Cinq axes fortement corrélés ne

justifient pas cinq séries de questions. C'est fait : ils sont conservés au référentiel pour leur valeur pédagogique, mais le questionnaire n'en pose qu'un sous-ensemble et déduit les autres — en affichant que ce sont des déductions.

  1. Ne pas prétendre valider la décomposition économique. Le documenter comme

non testable en l'état, et chercher un instrument qui mesure la propriété.

  1. Réviser les fiches concernées : etat-liberte-ordre, int-migration,

cul-identite-nationale, cul-universalisme-particularisme, etat-contrepouvoirs.

  1. Rééquilibrer le corpus de doctrines : davantage de cas hors diagonale, et

moins d'extrêmes historiques si l'on veut qu'il ressemble à l'espace politique réel — ou assumer qu'il ne le doit pas, et le dire.

Limites de cette validation#

axe peut être pertinent historiquement et sans variance aujourd'hui.

opinions individuelles. Les électeurs sont généralement moins contraints idéologiquement que les partis : un axe redondant au niveau des partis peut être informatif au niveau des personnes. Notre application s'adresse à des personnes.

dans outils/valider_ches.py et repris dans le tableau de couverture.

cette raison.

Pour aller plus loin

  • Rovny, Jan, Bakker, Ryan, Hooghe, Liesbet, Jolly, Seth, Marks, Gary, Polk, Jonathan, Steenbergen, Marco, Vachudova, Milada Anna · 2025 · libre · fiche
    Le jeu de données qui sert de contre-test externe a tout le référentiel : des experts nationaux positionnent les partis européens sur une cinquantaine de variables, de 1999 a 2024. C'est ce qui permet de vérifier que les axes du projet ne sont pas une construction interne — et, dans deux cas, de constater qu'ils l'étaient. Diffusé sous licence CC-BY 4.0.
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