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Les axes › Économie

Coordination économique brouillon

Qui décide de ce qui est produit, en quelle quantité, à quel prix ?

← Allocation intégrale par le marchéAllocation intégrale par le plan →
  1. -100Laissez-faire intégralLe marché s'autorégule, l'État ne s'en mêle pas
  2. -60Marché encadré par des règles fixesL'État est arbitre, pas joueur : il fixe les règles du jeu
  3. -20Régulation sectorielle et pilotage macroéconomiqueL'État corrige la conjoncture et régule certains secteurs
  4. +20Planification indicativeL'État fixe des objectifs et incite, sans contraindre
  5. +60Planification impérative sectorielleL'État impose des objectifs aux secteurs clés, le marché subsiste ailleurs
  6. +100Planification centrale intégraleLe plan remplace le marché : production, prix et distribution sont administrés

Pourquoi cet axe existe séparément#

Voir Propriété des moyens de production : la question de qui possède et celle de qui alloue sont indépendantes, et leurs combinaisons croisées sont historiquement attestées.

Cet axe mesure la seconde. Il va du mécanisme des prix comme unique coordinateur jusqu'à sa disparition complète au profit d'une décision administrative.

Détail des graduations#

−100 · Laissez-faire intégral#

La sphère économique n'a pas besoin de l'État sinon pour protéger les citoyens, rendre la justice et défendre le territoire. La coordination par les prix produit le meilleur résultat atteignable — argument reformulé au XXe siècle par la théorie de l'équilibre général sous hypothèse d'information parfaite.

−60 · Marché encadré par des règles fixes#

Position de l'ordolibéralisme (école de Fribourg : Eucken, Röpke). L'État n'intervient pas sur les résultats économiques mais sur les règles du jeu : droit de la concurrence, stabilité monétaire, garantie de la propriété. La formule canonique : l'État est arbitre, pas joueur. Corollaire pratique : la priorité n'est pas de piloter la demande mais d'empêcher monopoles, cartels et rentes de position. C'est la matrice du droit européen de la concurrence.

−20 · Régulation sectorielle et pilotage macroéconomique#

Position keynésienne. Le marché livré à lui-même n'est pas stable ; l'État agit sur les grandeurs macroéconomiques — dépense publique, déficit, taux d'intérêt — pour soutenir la demande globale et le plein emploi, tout en laissant la propriété privée et l'allocation microéconomique au marché.

+20 · Planification indicative#

L'État élabore un plan qui sert de ligne directrice et non de contrainte, et oriente les acteurs publics et privés par des incitations. C'est le modèle du Commissariat général du Plan français, cœur du dirigisme gaullien. Différence décisive avec la case suivante : la planification indicative ne remplace pas l'investissement motivé par le profit privé, elle tente de l'orienter.

+60 · Planification impérative sectorielle#

Des objectifs contraignants sont imposés à certains secteurs (armement, énergie, logement), le reste de l'économie restant coordonné par le marché. Typique des économies de guerre et des phases de reconstruction.

+100 · Planification centrale intégrale#

La planification remplace le marché comme mécanisme d'allocation : volumes de production, prix et distribution sont fixés administrativement.

Pièges et confusions fréquentes#

1. Keynésianisme et ordolibéralisme ne s'opposent pas principalement sur cet axe. Les deux laissent l'allocation au marché. Leur conflit réel porte sur autre chose :

KeynésianismeOrdolibéralisme
L'État agit sur…les résultats (demande, emploi)les règles (concurrence, monnaie)
Déficit budgétaireoutil de relance légitimedistorsion à proscrire
Mode d'actiondiscrétionnaire, au cas par casrègles fixes, posées une fois pour toutes

Le clivage est celui de la discrétion contre la règle, pas celui du marché contre le plan. → Axe candidat : règles ↔ discrétion (orthodoxie budgétaire et monétaire contre activisme conjoncturel), qui séparerait aussi les critères de Maastricht et le pacte de stabilité de leurs contestataires. Cf. _candidats.md.

2. Politique de l'offre et politique de la demande ne sont pas ce même axe non plus. Une politique de l'offre peut être très interventionniste (crédits d'impôt ciblés, subventions sectorielles, politique industrielle). L'opposition offre/demande concerne le levier, pas le degré de coordination étatique.

3. « Troisième voie » n'est pas une position sur cet axe. C'est une revendication politique de distinction vis-à-vis de deux modèles, adoptée par des doctrines situées à des endroits très différents (gaullisme, ordolibéralisme, blairisme). Le terme est à traiter dans data/ideologies/, jamais comme une graduation.

4. Réguler n'est pas planifier. Une réglementation environnementale ou prudentielle contraint le comportement des acteurs sans se substituer au mécanisme des prix. Placer toute régulation vers le pôle « plan » est l'erreur la plus fréquente des tests existants.

Sources#

Pour aller plus loin

  • Hayek, Friedrich A. · 1945 · libre · fiche
    Vingt pages qui contiennent l'argument central contre la planification : la connaissance nécessaire pour allouer les ressources est dispersée entre des millions de personnes et n'existe nulle part sous forme rassemblée. Le texte à lire pour comprendre que l'axe coordination n'est pas une question de morale mais d'information.
  • Mises, Ludwig von · 1920 · libre · fiche
    L'ouverture du débat sur le calcul socialiste : sans prix formes par l'échange, une économie planifiée ne peut pas savoir si une allocation est rationnelle. La réponse de Lange lui répond directement, et lire les deux ensemble est la meilleure introduction à l'axe coordination.
  • On the Economic Theory of Socialism: Part One
    Lange, Oskar · 1936 · payant · fiche
    La démonstration qu'une économie peut être a propriété collective ET coordonnée par les prix : un office central ajuste les prix par tâtonnement, les entreprises publiques suivent des règles de marché. C'est l'appui théorique de la séparation entre propriété et coordination, qui est la décomposition centrale de ce projet.
  • Le Capitalisme et l'État en France. Modernisation et dirigisme au XXe siècle
    Kuisel, Richard F. · 1984 · papier · fiche
    L'histoire de la planification française à la source : comment un État a oriente l'investissement sans posséder l'essentiel de l'économie. La référence pour situer le dirigisme d'après-guerre, qui ne se confond ni avec le socialisme ni avec le libéralisme.

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