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France — IVe République
1946–1958 · République parlementaire à État économique fort
Le régime le plus social du droit constitutionnel français et le plus instable de sa pratique. Un préambule qui ordonne de socialiser les monopoles, une Sécurité sociale, un Plan, et vingt-quatre gouvernements en douze ans que la guerre coloniale finit par emporter.
Comparer le texte et la pratique, axe par axe
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Pourquoi cette période, et pas une autre
La période s'ouvre à la Constitution du 27 octobre 1946 et se ferme à la loi constitutionnelle du 3 juin 1958 qui organise sa propre succession. Les deux bornes sont des changements de règle du jeu. La brièveté de la période rend les moyennes bien plus fiables que pour la IIIe République, sauf sur les libertés publiques, où l'année 1956 marque une rupture nette que la valeur unique lisse.
Ce que la période hérite, ce qu'elle rompt
Le régime reprend de la IIIe République le parlementarisme, le préfet et la laïcité de 1905, que l'ordonnance du 9 août 1944 déclare n'avoir jamais cessé d'exister en droit, et il reprend du Conseil national de la Résistance un programme économique qu'il inscrit dans son préambule. De Vichy, qu'il tient pour nul, il hérite pourtant plus qu'il ne le dit : la même ordonnance maintient provisoirement tous les actes non expressément annulés, et une partie de la haute administration traverse la Libération. Il rompt avec l'absence de droits sociaux constitutionnels et avec l'exclusion des femmes du suffrage. Il échoue en revanche à rompre avec l'instabilité, qu'il avait identifiée comme la faute de la IIIe République. Les deux années du Gouvernement provisoire, de 1944 à 1946, ne sont pas couvertes par une fiche, et plusieurs textes cités ici en datent.
Qui décide, et qui peut bloquer
L'Assemblée nationale investit et renverse, sans que la dissolution lui fasse courir de risque. Le pouvoir réel se déplace vers les états-majors de partis qui composent les coalitions, et vers une haute administration que l'instabilité rend indispensable. À partir de 1954, l'armée en Algérie devient un acteur autonome, et c'est elle qui provoque la chute du régime en mai 1958.
- Le préambule de 1946 est le texte social le plus fort de l'histoire constitutionnelle française, et il est resté largement sans effet direct jusqu'à son intégration au bloc de constitutionnalité en 1971. Positionner la période de jure sur ce texte la tire vers un État social que la pratique n'a que partiellement réalisé.
- Les positions de facto intègrent la guerre d'Algérie, ce qui déplace nettement l'axe des libertés publiques. Une lecture limitée à la métropole donnerait un tout autre résultat, et ce choix est discutable.
Positionnement de jure — les textes — confiance : haute
Positionnement de facto — la pratique — confiance : moyenne
Écarts notables entre le texte et la pratique
Conception de l'appartenance nationale +25 pts
La loi Lamine Guèye fait de tous les ressortissants de l'Union française des citoyens, pendant que le double collège électoral en Algérie donne à un électeur européen un poids neuf fois supérieur. Le même régime écrit l'égalité et organise l'inégalité.
Libertés individuelles et ordre public +25 pts
Les libertés de la métropole et le droit d'exception algérien coexistent dans le même État à partir de 1955. L'écart n'est pas entre le texte et la pratique, il est entre deux territoires du même pays, ce que l'axe unique ne sait pas rendre.
Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Berstein, 2009
Propriété des moyens de production +0 pts
Le préambule ordonne que tout monopole de fait devienne propriété collective. Après la vague de 1945-1946, plus aucune nationalisation n'est décidée en douze ans : un mandat constitutionnel peut rester lettre morte sans jamais être abrogé.
Positions, axe par axe
de jure de facto
Économie
Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Berstein, 2009
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
État et pouvoir
Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Berstein, 2009
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
Culture et société
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Berstein, 2009
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025
International
Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Berstein, 2009
Écologie
Pour aller plus loin
- Son préambule est le texte social le plus fort de l'histoire constitutionnelle française : droit au travail, droit de grève, nationalisation des monopoles de fait, protection de la santé. Il est toujours en vigueur, intégré au bloc de constitutionnalité en 1971, ce qui en fait un cas d'école de l'écart entre un droit proclamé et son effet.
- Le programme qui fondé la Sécurité sociale, les nationalisations et la planification française, adopté par une coalition allant des communistes aux gaullistes. Un des rares documents où des courants opposés ont écrit ensemble une position commune sur plusieurs axes.
- Histoire de la France au XXe siècleLe manuel de référence sur la période couverte par les fiches de personnages. Sert de filet de sécurité factuel : dates, majorités, réformes effectivement adoptées, avant tout jugement de positionnement.
Sources de la fiche
Textes
Conseil constitutionnel, 1946 · Direction de l'information légale et administrative, 2025 · Conseil national de la Résistance, 1944