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Pays et périodes › Italie

Italie — Régime fasciste

1925–1943 · Dictature de parti unique dans une monarchie statutaire

Un régime qui vide le Statut albertin de sa substance sans l'abroger : le chef du gouvernement ne répond plus qu'au roi, les partis sont dissous, la Chambre élue cède la place à une chambre des faisceaux et des corporations, et l'État devient actionnaire de l'industrie avant de proclamer l'autarcie et les lois raciales.

Comparer le texte et la pratique, axe par axe

Italie — Première République →

Pourquoi cette période, et pas une autre

La période s'ouvre avec les lois dites fascistissimes : la loi du 24 décembre 1925 rend le chef du gouvernement responsable devant le seul roi, et celles de 1926 dissolvent les partis et créent un tribunal spécial. Elle se ferme le 25 juillet 1943, quand le Grand Conseil du fascisme met Mussolini en minorité et que le roi le fait arrêter. La marche sur Rome d'octobre 1922 n'est pas retenue comme borne, faute de changement de règle : Mussolini gouverne alors dans les formes parlementaires. La République sociale italienne de 1943-1945, État satellite de l'occupant allemand dans le Nord, n'est pas couverte.

Ce que la période hérite, ce qu'elle rompt

Le régime reprend la monarchie, le Statut albertin de 1848, les codes et l'administration préfectorale de l'Italie libérale, dont il se présente comme le dépassement. Il rompt avec le pluralisme, le gouvernement parlementaire et la liberté syndicale, et clôt en 1929 la question romaine ouverte depuis 1870.

Qui décide, et qui peut bloquer

Mussolini concentre le pouvoir, mais le roi reste chef de l'État et des armées, l'Église obtient par les accords du Latran une place garantie, et le grand patronat conserve son autonomie dans les corporations. C'est cette dyarchie avec la monarchie qui rend possible la chute de juillet 1943.

Points contestés
  • Totalitarisme ou autoritarisme : Emilio Gentile décrit un totalitarisme en construction, d'autres historiens un régime autoritaire borné par la monarchie et l'Église. Les positions sur l'étendue de l'État et sur les contre-pouvoirs dépendent de ce débat.
  • L'axe de la reconnaissance des appartenances mesure si la loi traite les citoyens selon leur groupe, pas dans quel but ; les lois raciales de 1938 placent donc le régime du côté de la reconnaissance, avec des politiques multiculturelles qui en sont l'opposé. Comme pour Vichy, c'est une limite de l'axe, et la confiance est basse pour cette raison.
  • Fiche sensible, à faire relire par des lecteurs de sensibilités différentes avant publication, comme les autres fiches signalées dans le projet.

Positionnement de jure — les textes — confiance : haute

Positionnement de facto — la pratique — confiance : moyenne

Écarts notables entre le texte et la pratique

Propriété des moyens de production +30 pts

Le texte fait de l'initiative privée le principe de l'économie corporative ; la pratique fait de l'État, par l'IRI créé pour sauver les banques en 1933, le premier actionnaire industriel du pays. L'écart est un héritage durable : l'IRI survit au fascisme jusqu'en 2000.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Toniolo, 1980

Coordination économique +10 pts

Les corporations devaient régler la production branche par branche ; elles restent des organes consultatifs, et la coordination réelle passe par le contrôle des changes et l'économie de guerre. La doctrine corporatiste est plus appliquée dans les textes que dans les usines.

Toniolo, 1980

Force des contre-pouvoirs -5 pts

Le Statut albertin, jamais abrogé, garantit encore la liberté de la presse et laisse au roi le choix du gouvernement. La première garantie reste lettre morte ; la seconde, inutilisée pendant dix-huit ans, fait tomber le régime en une nuit.

Présidence de la République italienne, 1848 · Milza, 1999

Positions, axe par axe

de jure de facto

Une bande autour du point : la position n'est pas un point. variabilité : la position bouge dans la bande, selon l'époque ou la variante. Méthode

Économie

de jure : La loi du 5 février 1934 crée des corporations chargées de régler la production par branche, et la Charte du travail prévoit l'intervention de l'État quand l'initiative privée fait défaut ou que l'intérêt politique l'exige.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Toniolo, 1980

de facto : Les corporations restent pour l'essentiel consultatives, mais le contrôle des changes, les quotas d'importation et l'économie de guerre soumettent la production à la décision administrative à partir de 1935.

Toniolo, 1980

de jure : Relèvement des droits de douane et contingentement des importations, puis autarcie proclamée en 1936 après les sanctions de la Société des Nations : les textes visent l'autosuffisance.

Toniolo, 1980

de facto : La part du commerce extérieur recule fortement dans les années 1930, et le contrôle des échanges ferme l'économie après les sanctions de 1935.

Toniolo, 1980

de jure : La Charte du travail de 1927 fait de l'initiative privée « l'instrument le plus efficace » de la production ; mais le décret du 23 janvier 1933 crée l'Institut pour la reconstruction industrielle, qui reprend les participations des banques en faillite et fait de l'État un actionnaire industriel.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Toniolo, 1980

de facto : Après 1933, l'Institut pour la reconstruction industrielle contrôle une grande part de la sidérurgie, de la construction navale et des grandes banques : l'Italie se dote de l'un des plus vastes secteurs publics d'Europe hors de l'URSS.

Toniolo, 1980

de jure : La loi du 3 avril 1926 réserve la représentation aux syndicats fascistes, rend les conventions collectives obligatoires et interdit la grève et le lock-out, les conflits étant tranchés par une magistrature du travail.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Lyttelton, 1973

de facto : Les salaires sont réduits par décision administrative en 1927 et au début des années 1930, les syndicats fascistes n'ont pas de pouvoir réel, et la grève est réprimée : la pratique penche nettement du côté du patronat.

Toniolo, 1980 · Paxton, 2004

de jure : La Charte du travail promet assurances sociales et assistance, et un institut national de prévoyance sociale est réorganisé en 1933 ; aucune fiscalité redistributive n'est inscrite dans les textes.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Toniolo, 1980

de facto : Les salaires réels baissent pendant la déflation de 1927 et la crise des années 1930, et les assurances sociales restent limitées : le régime ne réduit pas les écarts.

Toniolo, 1980

de jure : La lire est stabilisée en décembre 1927 et rattachée à l'étalon de change-or, puis le contrôle des changes et la loi bancaire de 1936 placent la Banque d'Italie sous l'autorité de l'État.

Toniolo, 1980 · Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026

Plage de -40 à +60 variabilité Le bas de la plage est l'étalon de change-or de 1927 à 1934, une règle contraignante ; le haut, le contrôle des changes et la dévaluation de 1936.

Toniolo, 1980

de facto : La réévaluation de « quota 90 » en 1926-1927 sert le prestige du régime au prix d'une déflation, puis la lire est dévaluée en 1936 et les guerres sont financées par la monnaie : la politique commande à la règle.

Toniolo, 1980

État et pouvoir

de jure : Les lois de 1926 remplacent les maires et les conseils municipaux élus par un podestat nommé par décret, et les préfets deviennent les relais du pouvoir central.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Lyttelton, 1973

de facto : Préfets et podestats nommés gouvernent les provinces et les communes, et le parti double l'administration à chaque échelon.

Gentile, 1995

de jure : La loi du 24 décembre 1925 soustrait le chef du gouvernement à la confiance des chambres et lui donne la maîtrise de leur ordre du jour ; celle du 31 janvier 1926 l'autorise à légiférer par décret. Aucun juge ne contrôle la loi, et le Statut se modifie par la loi ordinaire.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Présidence de la République italienne, 1848 · Lyttelton, 1973

de facto : Le seul contrepoids réel est le roi, qui conserve la faculté de révoquer le chef du gouvernement et l'exerce le 25 juillet 1943, après le vote du Grand Conseil contre Mussolini.

Milza, 1999 · Gentile, 1995

de jure : La loi du 25 novembre 1926 pour la défense de l'État crée un Tribunal spécial et rétablit la peine de mort, les partis d'opposition sont dissous, la presse est soumise au régime, et la relégation administrative permet d'éloigner sans procès.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Lyttelton, 1973

de facto : Le Tribunal spécial condamne des milliers d'opposants, dont Antonio Gramsci en 1928, et la relégation envoie des milliers d'autres sur les îles et dans les villages du Sud.

Milza, 1999 · Lyttelton, 1973

de jure : La loi électorale de 1928 remplace l'élection par l'approbation d'une liste unique désignée par le Grand Conseil du fascisme, et la Chambre des faisceaux et des corporations, non élue, remplace la Chambre des députés en 1939.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : Les plébiscites de 1929 et 1934 approuvent la liste unique à une écrasante majorité, sans choix réel ; la décision appartient au chef et au Grand Conseil, et la compétence technique est mobilisée dans l'IRI et les administrations nouvelles.

Milza, 1999 · Toniolo, 1980

de jure : L'Œuvre nationale Balilla encadre la jeunesse à partir de 1926 et le Dopolavoro les loisirs ouvriers ; la formule de Mussolini, « tout dans l'État, rien hors de l'État, rien contre l'État », fixe l'ambition.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Gentile, 1995

de facto : Parti national fasciste, organisations de jeunesse et de loisirs encadrent une large part de la population ; l'État ne contrôle pourtant ni l'Église ni l'armée, qui restent des pouvoirs autonomes.

Gentile, 1995

Culture et société

de jure : Les lois raciales de 1938 définissent l'appartenance « à la race juive » par la filiation et excluent les Juifs de l'école, de la fonction publique et du mariage avec des « aryens » ; une loi de 1926 permet de déchoir de leur nationalité les opposants réfugiés à l'étranger.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : Les lois raciales sont appliquées : exclusion des élèves et des enseignants juifs, révocation des fonctionnaires et des universitaires, interdiction des mariages mixtes.

Milza, 1999

de jure : Religion d'État confirmée par les accords du Latran de 1929, enseignement catholique obligatoire à l'école, et autres cultes seulement « admis » par la loi du 24 juin 1929, sous le contrôle de l'administration.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : Religion d'État et enseignement catholique appliqués, cultes minoritaires surveillés, et dissolution des cercles de l'Action catholique en 1931 avant un compromis : l'État soutient et contrôle à la fois.

Milza, 1999

de jure : La Charte du travail organise la collaboration des classes sous l'autorité de l'État, et les lois de 1938 ajoutent une hiérarchie fondée sur la race.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Gentile, 1995

de facto : Hiérarchie sociale maintenue et consacrée, notables et patronat ménagés, et discrimination raciale appliquée après 1938.

Paxton, 2004 · Gentile, 1995

de jure : Le code pénal de 1930 range l'avortement et la propagande anticonceptionnelle parmi les délits contre l'« intégrité de la race » et atténue le crime d'honneur ; un impôt sur les célibataires est créé en 1926.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : La « bataille des naissances » ne relève pas la natalité, mais l'encadrement des femmes, de la jeunesse et des mœurs est appliqué, jusqu'aux lois raciales sur le mariage.

Milza, 1999 · Gentile, 1995

de jure : Les lois de 1938 traitent les citoyens selon leur appartenance, pour exclure et non pour reconnaître. En sens inverse, l'italianisation des régions annexées interdit l'enseignement en allemand et en slovène : l'axe mesure ici deux politiques contraires.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : Même tension que dans les textes : un traitement des citoyens selon la « race », et une assimilation forcée des minorités germanophones et slovènes. La valeur ne dit pas laquelle des deux politiques domine.

Milza, 1999

de jure : Le Statut fait du catholicisme la seule religion de l'État, et le concordat de 1929 donne effet civil au mariage religieux et fait de l'enseignement religieux le « fondement et le couronnement » de l'instruction publique.

Présidence de la République italienne, 1848 · Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026

de facto : Le mariage, l'école et la censure suivent l'accord avec l'Église, mais le régime défend contre elle son monopole sur l'éducation de la jeunesse, comme dans la crise de 1931 sur l'Action catholique.

Milza, 1999 · Gentile, 1995

International

de jure : Le pacte d'Acier du 22 mai 1939 engage l'Italie dans une alliance offensive avec l'Allemagne : la guerre est un instrument assumé de la politique extérieure.

Milza, 1999

de facto : Conquête de l'Éthiopie en 1935-1936 avec emploi de gaz de combat, intervention en Espagne, annexion de l'Albanie en 1939, attaque de la France et de la Grèce en 1940 : la guerre est la politique extérieure ordinaire du régime.

Milza, 1999 · Paxton, 2004

de jure : Le décret du 7 septembre 1938 ordonne aux Juifs étrangers de quitter le royaume, et le régime restreint l'émigration des Italiens pour conserver la population à la nation.

Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Milza, 1999

de facto : Expulsion des Juifs étrangers à partir de 1938 et limitation de l'émigration : l'État contrôle strictement les mouvements de population.

Milza, 1999

de jure : Aucune norme extérieure n'est reconnue au-dessus de la décision nationale : l'Italie quitte la Société des Nations en décembre 1937, après les sanctions de 1935.

Milza, 1999

de facto : Retrait de la Société des Nations en 1937 et politique d'alliances décidée par le seul régime : aucune règle extérieure n'est acceptée.

Milza, 1999

Écologie

de jure : sans position Même anachronisme : aucun texte ne traite des moyens d'une transition écologique.

Toniolo, 1980

de facto : sans position Même anachronisme que pour la priorité écologique.

Toniolo, 1980

de jure : sans position Anachronisme : la priorité entre environnement et production n'est posée ni par les textes ni par le débat public de la période.

Toniolo, 1980

de facto : sans position Anachronisme de l'axe : la question ne structure ni l'action ni le débat de la période.

Toniolo, 1980

Pour aller plus loin

  • The Seizure of Power: Fascism in Italy, 1919-1929
    Lyttelton, Adrian · 1973 · papier · fiche
    L'histoire de référence de la conquête du pouvoir par le fascisme, des escouades aux lois « fascistissimes » de 1925-1926 et à l'État corporatif. Elle date précisément la rupture avec la légalité du Statut.
  • La via italiana al totalitarismo. Il partito e lo Stato nel regime fascista
    Gentile, Emilio · 1995 · papier · fiche
    L'étude qui a imposé l'idée d'un totalitarisme italien en construction : parti unique, encadrement des masses, sacralisation de la politique. Elle nuance l'image d'un fascisme simplement autoritaire, et fonde les positions sur l'étendue de l'État.
  • Mussolini
    Milza, Pierre · 1999 · papier · fiche
    La biographie de référence en français, qui suit le régime de la marche sur Rome à la chute de 1943 : lois fascistissimes, accords du Latran, guerre d'Éthiopie, lois raciales, entrée en guerre. Elle couvre les années 1930 que l'étude de Lyttelton n'atteint pas.

Sources de la fiche

Textes

Présidence de la République italienne, 1848 · Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2026 · Lyttelton, 1973 · Milza, 1999

Pratique

Toniolo, 1980 · Gentile, 1995 · Milza, 1999 · Paxton, 2004