Troisième voie
1994-2010, Royaume-Uni puis Europe
Réconcilier la social-démocratie avec le marché mondialisé : l'État investit dans les personnes, éducation et emploi, plutôt qu'il ne corrige les résultats du marché, et les droits sociaux s'accompagnent de devoirs.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- Doctrine nouvelle ou adaptation de la gauche au thatchérisme : la question divise les commentateurs depuis 1997. La fiche positionne la doctrine telle que ses textes la formulent, en signalant quand la pratique des gouvernements Blair s'en écarte.
- La fiche décrit le New Labour britannique et le « nouveau centre » allemand de 1999, pas la gauche plurielle française, dont le Premier ministre a refusé le texte Blair-Schröder au nom d'un « oui à l'économie de marché, non à la société de marché ».
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Le marché alloue ; l'État ne gère pas l'économie mais investit dans les infrastructures, la formation et la recherche. Le texte Blair-Schröder oppose l'État qui oriente à l'État qui fait lui-même.
La mondialisation est présentée comme une donnée à accompagner, non à combattre : libre-échange assumé, compétitivité par la qualification plutôt que par la protection.
La réécriture de la clause IV des statuts travaillistes en 1995 abandonne la propriété collective comme objectif, et aucune renationalisation n'est proposée ; les partenariats public-privé financent les équipements publics.
Le texte Blair-Schröder réclame des marchés du travail flexibles ; les lois syndicales des années 1980 sont conservées, avec en contrepartie un salaire minimum et un droit à la reconnaissance syndicale en 1999.
Giddens remplace l'égalité des résultats par la « redistribution des possibilités » : salaire minimum et crédits d'impôt pour les travailleurs modestes, mais aucune hausse des taux d'imposition des hauts revenus dans le programme de 1997.
Indépendance de la Banque d'Angleterre dès mai 1997 et règles budgétaires de l'emprunt réservé à l'investissement : la crédibilité passe par des règles et des institutions indépendantes, contre la discrétion de la vieille gauche.
État et pouvoir
Dévolution à l'Écosse et au pays de Galles, maire élu à Londres : le programme de 1997 décentralise un État britannique très centralisé.
Incorporation de la Convention européenne des droits de l'homme dans le droit britannique et loi sur la liberté d'accès aux documents administratifs, promises en 1997 : la doctrine renforce les contre-pouvoirs d'un régime qui en avait peu.
« Dur avec le crime, dur avec les causes du crime » : ordonnances contre les comportements antisociaux, législation antiterroriste étendue après 2001. L'ordre public est un thème revendiqué de la gauche modernisée.
« Ce qui compte, c'est ce qui marche » : politiques fondées sur les preuves, banque centrale indépendante, agences et régulateurs indépendants. La compétence borne le choix politique, et c'est revendiqué.
L'« État investisseur social » dépense beaucoup, éducation et santé en tête, mais pour rendre les individus employables plutôt que pour les indemniser : droits et devoirs vont ensemble.
Culture et société
Une nation civique et diverse, avec des devoirs : les tests de citoyenneté et les cérémonies de naturalisation sont introduits, sans condition d'origine.
Intervention de l'État dans le fait religieux périphérique
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Neutralité bienveillante : les écoles confessionnelles financées sur fonds publics sont développées, y compris pour les cultes minoritaires, sans doctrine propre sur le régime des cultes.
L'objectif est une méritocratie ouverte, l'égalité des chances plutôt que des conditions : l'usage élogieux du mot par Tony Blair a été contesté par Michael Young, qui l'avait forgé comme une satire.
La « modernisation » vaut aussi pour les mœurs : égalisation de l'âge du consentement, adoption par les couples de même sexe, partenariat civil en 2004. Transformation active, sans rupture proclamée.
Le multiculturalisme britannique est accepté et prolongé : obligations d'égalité raciale pour les administrations, écoles confessionnelles minoritaires. La reconnaissance des groupes est modérée, pas communautaire.
Légitimité délibérative et séculière, malgré la foi personnelle de Tony Blair : la doctrine ne se réclame d'aucun fondement religieux.
International
Le discours de Chicago, prononcé en 1999 pendant la guerre du Kosovo, pose une « doctrine de la communauté internationale » qui justifie l'intervention armée contre le nettoyage ethnique, sans exiger de mandat. Suivent la Sierra Leone, puis l'Irak.
Ouverture à l'immigration de travail, y compris aux nouveaux membres de l'Union dès 2004, avec un droit d'asile durci : une immigration gérée selon les besoins économiques.
Engagement européen assumé, adhésion au protocole social en 1997, mais pas d'entrée dans l'euro sans que soient remplis cinq critères économiques. Intégration choisie, au cas par cas.
Écologie
Taxes et quotas échangeables plutôt que planification : la « modernisation écologique » compte sur les instruments de marché et l'innovation, contre l'écologie de la décroissance.
Modernisation écologique : croissance et environnement sont présentés comme conciliables, sans priorité de l'une sur l'autre.
Pour aller plus loin
- The Third Way: The Renewal of Social DemocracyLe texte fondateur, par le sociologue qui a conseillé Tony Blair : ni vieille social-démocratie ni néolibéralisme, mais un État « investisseur social », qui prépare les individus au marché plutôt qu'il ne les en protège. La source des positions économiques de la fiche.
- Le manifeste commun publié le 8 juin 1999 par les chefs des gouvernements britannique et allemand : flexibilité du marché du travail, baisse des prélèvements, État qui oriente plutôt qu'il ne gère. Il a divisé les gauches européennes, ce qui montre que la troisième voie est une doctrine, et pas seulement une pratique de gouvernement.
- New LabourL'analyse la plus citée de ce que New Labour garde du thatchérisme et de ce qu'il en rompt, domaine par domaine, mise à jour après deux mandats. Elle sert à séparer la doctrine de la troisième voie de la pratique des gouvernements Blair.
Sources de la fiche
Giddens, 1998 · Blair, 1999 · Labour Party, 1997 · Driver, 2006