Souverainisme de gauche
2010-aujourd'hui, France
Rupture avec les traités européens et le libre-échange, planification écologique, redistribution forte et démocratie directe, sans conservatisme culturel.
Confiance du positionnement : basse
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- La cohabitation entre souverainisme économique et universalisme culturel est contestée par ses adversaires comme instable. Elle est empiriquement rare mais attestée : c'est l'un des cas qui justifient de séparer l'axe souveraineté de l'axe identité.
- Confiance basse : courant récent, en évolution rapide, et dont les positions se lisent surtout dans des programmes de campagne plutôt que dans une littérature doctrinale stabilisée.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Planification écologique présentée comme l'instrument central, avec objectifs sectoriels et investissement dirigé. Position haute, sans plan impératif intégral.
Protectionnisme solidaire, refus des traités de libre-échange, relocalisations. Position fermée, adossée à un argument écologique et social.
Nationalisation des secteurs jugés stratégiques (énergie, transports, autoroutes) et pôle public bancaire, sans collectivisation générale.
Extension des droits des salariés, droit de veto sur les licenciements, renforcement des comités d'entreprise. Position haute sans autogestion généralisée.
Impôt fortement progressif, revenu maximum, extension des services gratuits. Position parmi les plus hautes du corpus.
Refus explicite des règles budgétaires européennes et de l'indépendance de la banque centrale : la politique économique doit revenir au suffrage.
État et pouvoir
L'État national reste le niveau de décision légitime ; la décentralisation est vue avec méfiance comme un affaiblissement de l'égalité territoriale.
Position en tension : le courant veut affaiblir les contre-pouvoirs non élus (Conseil constitutionnel, autorités indépendantes) au nom de la souveraineté populaire, tout en renforçant le contrôle citoyen.
Critique des lois sécuritaires et des pouvoirs de police, position libertaire en matière pénale, tempérée par un attachement à l'autorité de l'État républicain.
Référendum d'initiative citoyenne, révocation des élus, assemblée constituante : position très basse, revendiquée contre le gouvernement des experts.
Prise en charge publique élargie de l'énergie, de la santé, du logement et des besoins de base.
Culture et société
Nation politique fondée sur l'adhésion aux principes républicains, explicitement opposée à toute définition ethnique. C'est ce qui sépare ce courant du national- populisme malgré une position proche sur la souveraineté.
Laïcité exigeante, avec restriction de l'expression religieuse dans l'espace public et les services publics. Position interventionniste, en sens inverse d'une théocratie.
Égalité de condition comme objectif explicite, incluant un plafonnement des écarts de revenu.
Position progressiste sur les mœurs, l'écologie et les institutions, sans nostalgie d'un ordre passé.
Universalisme républicain et refus des politiques identitaires, point de friction interne récurrent du courant.
Légitimité strictement populaire et séculière, dans la filiation républicaine française.
International
Non-alignement, sortie du commandement intégré de l'OTAN, refus des interventions extérieures.
Accueil des demandeurs d'asile et régularisations, tout en désignant les causes de l'émigration comme le vrai problème. Position ouverte, mais moins que celle de l'écologie politique.
Sortie des traités ou refus unilatéral de les appliquer : position quasi extrême, aussi haute que celle du national-populisme, pour des motifs opposés.
Écologie
Planification, normes et interdictions plutôt que taxe carbone, jugée socialement injuste. Position claire sur les moyens.
Règle verte : ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. Ambition écologique haute, sans rejet de la production industrielle relocalisée.
Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2023 · Latouche, 2007
Pour aller plus loin
- Does Left/Right Structure Party Positions on European Integration?L'article qui montre que la position sur l'Europe ne se déduit pas de la position gauche/droite économique, et introduit la dimension GAL/TAN (green-alternative-libertarian contre traditional-authoritarian-nationalist) utilisée depuis par le Chapel Hill Expert Survey. Cas d'école d'un axe qui résiste à la projection.
- La liberté républicaine comme non-domination, distincte de la liberté libérale comme non-interférence. Une intervention publique peut y accroître la liberté, ce qui déplace entièrement la lecture de l'axe liberté/ordre.
- Inégalités mondiales. Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l'égalité des chancesLes effets de la mondialisation sur la répartition des revenus à l'échelle du monde et à l'intérieur des pays, qui vont en sens contraires. Explique pourquoi ouverture commerciale et redistribution nationale ne se rangent pas sur le même axe.