Radicalisme solidariste
1869-1940, France (IIIe République)
La République achevée : souveraineté du suffrage universel, laïcité, école publique, défense de la petite propriété, et une solidarité organisée par l'impôt progressif et l'assurance, entre le libéralisme et le collectivisme.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- Le radicalisme des principes et celui des gouvernements divergent souvent : le parti qui réclamait l'impôt sur le revenu dès 1869 ne l'obtient qu'en 1914, et le parti des libertés réprime les grèves de 1906 à 1909. La fiche suit la doctrine, en signalant la pratique quand elle la contredit.
- Le solidarisme de Léon Bourgeois n'est pas toute la doctrine radicale, mais il en est la formulation sociale la plus complète ; c'est lui qui donne son nom à la fiche.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Une économie de marché, corrigée par la loi sociale et par l'impôt : ni planification ni laissez-faire intégral, la solidarité s'ajoutant au marché sans le remplacer.
Ouverture commerciale périphérique
+20
Le parti représente une France rurale de petits producteurs attachée à la protection douanière, sans doctrine propre du libre-échange ni de l'autarcie.
La petite propriété, paysanne, artisanale et commerçante, garantit l'indépendance du citoyen : le radicalisme la défend contre le collectivisme comme contre les grandes puissances d'argent.
Droit syndical admis et législation protectrice, dont la loi de 1898 sur les accidents du travail, mais aucun pouvoir des salariés dans l'entreprise, et une répression dure des grèves sous Clemenceau.
Chacun naît débiteur de la société, et cette « dette sociale » justifie l'impôt progressif et l'assurance. L'impôt général sur le revenu, réclamé depuis 1869, est voté en juillet 1914 à l'initiative du radical Joseph Caillaux.
Règles ou discrétion en politique économique périphérique
-40
Orthodoxie financière et monnaie métallique : le radicalisme de gouvernement tient à l'équilibre budgétaire, et le Cartel des gauches échoue en 1925 devant le « mur de l'argent » plutôt que de rompre avec ces règles.
État et pouvoir
La République une et indivisible, l'administration préfectorale et l'école nationale, avec l'attachement aux libertés communales reconnues par la loi de 1884.
Souveraineté de la loi votée : aucun contrôle de constitutionnalité, un exécutif faible et une Chambre qui fait et défait les cabinets. La primauté va au pouvoir élu, à l'assemblée plutôt qu'à l'exécutif.
Libertés de la presse, de réunion et d'association sont le cœur de la République radicale ; l'ordre public l'emporte pourtant face aux grèves de 1906 à 1909.
Souveraineté du suffrage universel et de ses élus, contre le plébiscite césarien comme contre le gouvernement des compétences : le député, contrôlé par ses électeurs, est la figure centrale de la doctrine.
Instruction publique, assistance médicale gratuite en 1893, aide aux vieillards en 1905, retraites ouvrières et paysannes en 1910 : l'État solidariste couvre les risques que l'individu ne peut porter seul, sans gérer l'économie.
Culture et société
La nation civique de Renan : on devient Français par l'adhésion, la résidence et l'école, et le droit du sol est consolidé par la loi de 1889.
Laïcité de combat : le gouvernement Combes interdit l'enseignement aux congrégations en 1904, avant la séparation de 1905. L'État intervient fortement, pour réduire la place publique de l'Église.
République française, 1905 · Baubérot, 2015 · Berstein, 1980-1982
Égalité des chances par l'école et promotion au mérite, contre les privilèges de naissance : ni égalité des conditions, ni hiérarchie héritée. La dette sociale limite ce que le mérite peut réclamer.
Le divorce est rétabli en 1884 à l'initiative du radical Alfred Naquet, mais le Sénat, où les radicaux dominent, refuse le vote des femmes en 1922 : modernisation laïque, prudence sociale.
La République ne connaît que des citoyens : l'école impose le français contre les langues régionales, et aucune appartenance n'a de statut public.
Rationalisme et positivisme : la loi vient de la raison et du suffrage, et le radicalisme se définit contre l'influence de l'Église sur la vie publique.
International
Interventionnisme extérieur périphérique
+0
Un courant divisé : Clemenceau combat l'expansion coloniale de Ferry en 1885, le parti défend la défense nationale, et Bourgeois l'arbitrage entre nations.
Ouverture aux migrations sans position
+0
Le radicalisme n'a pas de doctrine migratoire : la France de la IIIe République reçoit une immigration de travail importante sans que la question structure le débat doctrinal. La valeur est une convention.
Léon Bourgeois, futur premier président du conseil de la Société des Nations, défend l'arbitrage et la sécurité collective entre États souverains : des engagements réciproques qui obligent, sans fédération.
Écologie
Moyens de la transition écologique sans position
+0
Même anachronisme que pour la priorité écologique : l'axe ne s'applique pas à la doctrine.
Priorité écologique sans position
+0
Anachronisme : la priorité écologique n'est pas une question que la doctrine se pose, et aucune position ne peut lui être prêtée.
Pour aller plus loin
- Le texte fondateur du solidarisme : chacun naît débiteur de la société, et cette « dette sociale » justifie l'impôt progressif, l'assurance et l'instruction gratuite. La doctrine sociale de la République radicale, entre libéralisme et collectivisme.
- L'Idée républicaine en France (1789-1924)Une histoire intellectuelle du républicanisme français, du positivisme au solidarisme. Elle montre comment laïcité, école et souveraineté du suffrage forment un corps de doctrine, dont le radicalisme est la version la plus complète.
- La Solidarité. Histoire d'une idéeL'histoire de l'idée de solidarité, de Pierre Leroux à Léon Bourgeois puis à la sécurité sociale. Elle éclaire la position du solidarisme sur la redistribution : ni charité ni collectivisme, une dette réciproque.
Sources de la fiche
Bourgeois, 1896 · Berstein, 1980-1982 · Nicolet, 1982 · Blais, 2007