Ordolibéralisme
1930-aujourd'hui, Allemagne puis Union européenne
L'État ne joue pas dans le match économique, mais il en écrit les règles et les fait respecter : concurrence garantie par la loi, monnaie stable, cadre constitutionnel soustrait à la conjoncture.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- La filiation entre l'ordolibéralisme allemand et les règles budgétaires de la zone euro est affirmée par les uns, relativisée par les autres. Le positionnement décrit la doctrine, pas la politique européenne réelle.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Le marché alloue, mais un marché n'existe pas spontanément : il faut une politique de la concurrence active pour empêcher les cartels. Position moins extrême que le néolibéralisme, pour une raison de fond.
Ouverture assumée, indissociable du modèle exportateur allemand. Position ferme mais moins doctrinale que chez les néolibéraux, car subordonnée à la stabilité monétaire.
Propriété privée sans ambiguïté, mais l'école admet des formes publiques là où la concurrence ne peut pas s'établir. La question n'est pas qui possède, mais si la concurrence joue.
La cogestion allemande donne aux salariés des sièges au conseil de surveillance : une position nettement plus haute que celle du libéralisme classique, souvent oubliée quand on range ce courant à droite.
L'économie sociale de marché admet une protection sociale substantielle, présentée comme la condition d'acceptation du marché. Position bien plus haute que celle des autres courants libéraux.
C'est la marque de fabrique du courant : les règles du jeu économique doivent avoir un rang quasi constitutionnel et échapper aux majorités du moment. Position la plus extrême du corpus sur cet axe.
État et pouvoir
Le fédéralisme allemand et le principe de subsidiarité sont partie intégrante du modèle. Position décentralisatrice modérée, d'origine autant constitutionnelle que doctrinale.
Cour constitutionnelle forte, banque centrale indépendante, fédéralisme : l'architecture entière vise à empêcher la concentration du pouvoir. Position parmi les plus favorables aux contre-pouvoirs du corpus.
Attachement à l'État de droit et aux libertés, dans un pays qui construit sa doctrine contre l'expérience totalitaire. Légère préférence pour les libertés.
Confier la monnaie à une banque centrale indépendante et la concurrence à une autorité technique revient à soustraire ces matières au suffrage. Position haute, explicite et revendiquée.
L'État est fort mais étroitement spécialisé : garant du cadre, absent de la gestion. Position médiane qui ne se lit pas sur un axe « plus ou moins d'État ».
Culture et société
Conception de l'appartenance nationale périphérique
-20
Peu de doctrine sur l'appartenance ; le cadre est juridique et procédural. Position légèrement élective par défaut.
Neutralité, malgré l'inspiration protestante de plusieurs de ses fondateurs et sa proximité avec la démocratie chrétienne allemande.
Les inégalités de marché sont acceptées, mais tempérées par la protection sociale et la cogestion. Position basse mais moins que celle des autres libéralismes.
Courant modéré, réformiste et hostile aux ruptures. Léger penchant conservateur, sans programme culturel.
Règles générales et impersonnelles, applicables identiquement : la logique même du courant exclut les droits différenciés par groupe.
Source de légitimité de la loi périphérique
+10
Légitimité par la loi et la procédure, au sens de la domination légale- rationnelle de Weber. Position quasi neutre, très peu thématisée.
International
Doctrine économique sans politique étrangère propre. La retenue allemande d'après-guerre déteint sur le positionnement, sans lui appartenir.
Ouverture aux migrations périphérique
-10
Aucune position doctrinale. Le modèle allemand a longtemps reposé sur une immigration de travail sans intégration politique, ce qui relève de la pratique et non de l'école.
Transférer la monnaie et la concurrence à des institutions supranationales est cohérent avec la doctrine : ces matières doivent précisément échapper aux gouvernements nationaux.
Écologie
Cohérence doctrinale : une contrainte réglementaire stable et prévisible est acceptable, un pilotage discrétionnaire ne l'est pas. Position intermédiaire, plus proche du signal-prix.
Croissance et compétitivité restent centrales, mais le courant intègre plus facilement des normes environnementales, puisqu'une norme est une règle du jeu.
Pour aller plus loin
- Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France, 1978-1979L'analyse la plus citée en France de la différence entre libéralisme classique, ordolibéralisme allemand et néolibéralisme américain. Utile précisément parce qu'elle refuse de les confondre, alors que le débat public français emploie néolibéral comme un mot unique.
- Grundsätze der WirtschaftspolitikLe texte de référence de l'ordolibéralisme : l'État ne doit pas intervenir dans le jeu économique, mais il doit en fixer et en faire respecter les règles, a commencer par le maintien de la concurrence. Position très différente du laissez-faire, et régulièrement confondue avec lui.