Néolibéralisme
1970-2010, monde occidental
Refondation du libéralisme par la concurrence généralisée et la discipline des marchés : privatisations, dérégulation, ouverture, indépendance des banques centrales.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- Le terme est presque toujours employé par les adversaires du courant, rarement revendiqué. Foucault en distingue trois versions (allemande, américaine, française) qui ne partagent pas les mêmes positions ; le positionnement retenu correspond à la version anglo-américaine dominante après 1980.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Le marché n'est plus seulement un mécanisme d'allocation mais un modèle à étendre aux administrations elles-mêmes, par mise en concurrence interne. Position plus radicale que le laissez-faire sur le périmètre, moins sur le principe.
Libéralisation des échanges et surtout des mouvements de capitaux, portée par les organisations internationales. C'est la position la plus constante et la plus systématiquement appliquée du courant.
Les privatisations britanniques puis européennes des années 1980-1990 traduisent une préférence de principe pour la propriété privée jusque dans les services en réseau, secteur que le libéralisme classique laissait au public.
Flexibilisation du marché du travail, affaiblissement de la négociation collective centralisée, individualisation de la rémunération. Le rapport salarial redevient un contrat de gré à gré.
Baisse des taux marginaux supérieurs et des impôts sur le capital. À nuancer : Friedman défend un impôt négatif sur le revenu, c'est-à-dire un transfert monétaire universel, qui est une redistribution assumée.
Indépendance des banques centrales et cibles d'inflation retirent la politique monétaire au pouvoir politique, selon l'argument de Kydland et Prescott. La politique budgétaire, elle, reste largement discrétionnaire en pratique.
État et pouvoir
Centralisation du pouvoir sans position
+0
Indifférent à l'échelon, pourvu que la concurrence joue. La mise en concurrence des territoires peut aussi bien décentraliser que recentraliser les normes.
Les autorités indépendantes et les juridictions internationales limitent l'exécutif ; le courant y voit une garantie. Position modérément favorable aux contre-pouvoirs, de nature technique plutôt que parlementaire.
Libertés individuelles et ordre public sans position
+0
Aucune position propre : le courant s'est allié aussi bien à des politiques pénales très répressives qu'à des libéralisations des mœurs. L'axe économique ne détermine pas celui-ci.
Le retrait de décisions au vote (banque centrale, autorités indépendantes, règles de traité) suppose que certaines matières relèvent de la compétence et non de la délibération. Position haute, souvent implicite.
Réduction du périmètre par externalisation et délégation, plus que par suppression : la dépense publique n'a globalement pas baissé dans les pays concernés. Position doctrinale nette, effet réel plus limité.
Culture et société
Conception de l'appartenance nationale périphérique
-30
L'appartenance n'est pas un thème du courant, et la mobilité internationale des personnes qualifiées est valorisée. Position modérément élective, par défaut plus que par doctrine.
Neutralité de principe. La coalition avec la droite religieuse américaine relève d'une alliance électorale, pas de la doctrine économique.
Les inégalités de revenu sont tenues pour un signal utile et une incitation. L'accroissement des hauts revenus dans les pays concernés est documenté et assumé comme une conséquence acceptable.
Position quasi neutre et instable : le courant bouleverse les structures économiques héritées tout en s'alliant à des forces conservatrices sur les mœurs. Cas typique d'axes qui ne s'alignent pas.
Le sujet pertinent est l'individu contractant ; les droits collectifs de groupe sont étrangers au cadre. Universalisme par construction, non par militantisme.
Légitimité fondée sur les résultats et sur le consentement contractuel, sans référence transcendante. Position séculière modérée.
International
Le courant a accompagné des interventions destinées à ouvrir ou stabiliser des marchés, sans en faire une doctrine. Position légèrement interventionniste, empruntée à ses alliances plus qu'à ses principes.
Position ouverte en cohérence avec la mobilité des facteurs, mais rarement défendue frontalement, car politiquement coûteuse. Écart notable entre logique doctrinale et discours public.
Les traités commerciaux et les instances de règlement des différends encadrent la souveraineté économique des États, et le courant s'en accommode. Position nettement supranationale sur l'économie seulement.
Écologie
Marchés de permis d'émission et taxe carbone plutôt que normes et quotas : le signal-prix est l'instrument privilégié, conformément au principe général.
La croissance reste l'objectif ; les questions environnementales sont traitées comme des externalités à internaliser, non comme une limite.
Pour aller plus loin
- Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France, 1978-1979L'analyse la plus citée en France de la différence entre libéralisme classique, ordolibéralisme allemand et néolibéralisme américain. Utile précisément parce qu'elle refuse de les confondre, alors que le débat public français emploie néolibéral comme un mot unique.
- Capitalisme et libertéL'exposé grand public du programme néolibéral : monnaie par règle, école par bons, impôt négatif sur le revenu. Intéressant ici parce que Friedman défend simultanément un État très réduit et une redistribution monétaire universelle, combinaison que l'axe gauche/droite ne sait pas représenter.
- Le mot libéral désigne des positions opposées selon le pays et le siècle. L'entrée en donne la généalogie, du libéralisme classique au libéralisme social, et rend lisible pourquoi il ne peut pas être un axe à lui seul.