Gaullisme
1958-1969, France
Un État fort et arbitre, une économie orientée par le plan sans être possédée, l'indépendance nationale comme finalité, et l'association du capital et du travail comme projet social.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- Le gaullisme est revendiqué par des courants aux positions incompatibles depuis 1969. La fiche décrit la doctrine de la période 1958-1969, telle qu'elle s'exprime dans les discours et la pratique institutionnelle de son fondateur.
- La participation, pilier du discours pendant vingt ans, n'a reçu qu'une traduction légale marginale. La position doctrinale sur travail/capital est donc plus haute que la pratique — écart documenté sur la fiche du personnage.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Le Plan est indicatif et non impératif : il oriente l'investissement par la concertation et le crédit, sans commander la production. Position intermédiaire caractéristique, souvent confondue avec la planification socialiste.
Position en tension : le traité de Rome est appliqué et le Marché commun mis en œuvre, mais l'indépendance industrielle et la politique agricole commune protègent des secteurs entiers.
Propriété des moyens de production périphérique
+20
Nationalisations héritées de 1945 maintenues (énergie, banques, transports), sans extension ni programme de socialisation. Position légèrement collective, par héritage plus que par doctrine.
La participation et l'association capital-travail sont une constante doctrinale répétée de 1948 à 1969. Position au-dessus du centre, en doctrine seulement.
Maintien et extension de la Sécurité sociale issue du Conseil national de la Résistance, sans projet égalisateur propre.
Conseil national de la Résistance, 1944 · Esping-Andersen, 1990
Le plan de stabilisation Pinay-Rueff de 1958 relève de l'orthodoxie monétaire, mais la doctrine ne formalise aucune règle. Position neutre entre pratique et absence de théorie.
État et pouvoir
Tradition centralisatrice française assumée, malgré la tentative de régionalisation soumise au référendum de 1969.
Prééminence du chef de l'État, dissolution, article 16, élection au suffrage direct à partir de 1962 : le déséquilibre en faveur de l'exécutif est le projet même du discours de Bayeux.
Fermeté de l'État, y compris pendant la guerre d'Algérie, avec des pouvoirs de crise inscrits à l'article 16 de la Constitution.
Position en tension explicite : recours répété au référendum, donc lien direct avec le peuple, mais gouvernement par de hauts fonctionnaires. Les deux se compensent.
État aménageur, industriel et scientifique : plan, recherche, grands équipements, indépendance énergétique et militaire.
Culture et société
Point contesté : la conception de la France est historique et culturelle, mais l'indépendance accordée à l'Algérie contre son propre camp relève d'une conception plus civique. Position quasi neutre, à étayer.
Intervention de l'État dans le fait religieux périphérique
+10
Laïcité de l'État maintenue, avec une sensibilité catholique personnelle sans traduction institutionnelle. Position quasi neutre.
Hiérarchie de l'État et de l'armée admise comme naturelle ; l'égalité visée est celle des citoyens devant la nation.
Attachement à la continuité nationale et aux hiérarchies militaires, associé à un modernisme industriel et scientifique affirmé.
Universalisme républicain sans reconnaissance de groupes : la France est une et indivisible, principe jamais mis en cause.
Légitimité tirée de l'histoire nationale et de l'appel du 18 juin autant que du suffrage : un charisme au sens de Weber, adossé à des procédures légales.
International
Force de dissuasion nucléaire autonome et interventions en Afrique, dans un cadre de non-alignement sur les blocs.
Ouverture aux migrations périphérique
+0
Immigration de travail organisée pour les besoins de l'industrie, sans doctrine de l'appartenance. Position neutre.
Sortie du commandement intégré de l'OTAN en 1966, veto à l'entrée britannique, politique de la chaise vide en 1965. Position souverainiste forte et vérifiable par les actes.
Écologie
Axe hors du champ doctrinal de la période. La logique gaullienne inclinerait vers la grande technologie pilotée par l'État. Position déduite.
Industrialisation, grands équipements et énergie nucléaire : la production est une composante de la puissance nationale.
Pour aller plus loin
- L'exposé de la conception gaullienne des institutions douze ans avant qu'elle ne devienne la Constitution : un chef de l'État arbitre place au-dessus des partis. La source directe pour positionner le gaullisme sur les axes du pouvoir.
- Histoire du gaullismeL'histoire du courant plutôt que du seul personnage, y compris ses contradictions économiques et ses mutations après 1969. Nécessaire pour ne pas confondre la doctrine gaulliste avec les positions personnelles de de Gaulle.
- Le Capitalisme et l'État en France. Modernisation et dirigisme au XXe siècleL'histoire de la planification française à la source : comment un État a oriente l'investissement sans posséder l'essentiel de l'économie. La référence pour situer le dirigisme d'après-guerre, qui ne se confond ni avec le socialisme ni avec le libéralisme.