Colbertisme
XVIIe siècle, France
L'État organise la production, protège le marché intérieur, crée des manufactures et accumule les métaux précieux. Le dirigisme avant l'économie politique.
Confiance du positionnement : moyenne
Comparer cette doctrine à une autre position
Points contestés
- Positionner une doctrine du XVIIe siècle sur des axes conçus pour le débat contemporain est un exercice limité : plusieurs axes n'avaient pas d'objet à l'époque. La fiche sert de repère historique et de test de l'élasticité du référentiel, non d'analyse d'un courant vivant.
Positions, axe par axe
Chaque curseur est suivi de ce qui le justifie et des références qui permettent de le contester. Une position sans explication ne serait pas vérifiable.
Économie
Règlements de fabrication détaillés, contrôle de la qualité, orientation des productions par l'État. Coordination administrative forte, sans plan d'ensemble.
Tarifs protecteurs de 1664 et 1667, compagnies à monopole, doctrine de la balance commerciale excédentaire. C'est la position définissante du mercantilisme.
Manufactures royales et compagnies privilégiées mêlent capital public et privé, dans un cadre où la propriété reste largement privée et corporative.
Corporations encadrées par l'État et coalitions ouvrières interdites : le travailleur n'a aucun pouvoir sur l'entreprise.
Fiscalité pesant sur le tiers état, privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé : le système est régressif par construction.
L'ordonnance royale est stable une fois édictée, mais il n'existe aucune règle qui lie le souverain. Position ambiguë, légèrement du côté de la règle par le formalisme juridique.
État et pouvoir
Intendants envoyés dans les provinces, réduction des pouvoirs locaux et des parlements. La centralisation administrative française commence là.
États généraux non convoqués, parlements soumis : le pouvoir royal ne rencontre aucune limite institutionnelle effective.
Lettres de cachet, censure, police royale : aucune garantie des libertés individuelles face au pouvoir.
Gouvernement par des commis compétents choisis pour leur savoir-faire, sans aucune consultation populaire. Position haute sur la compétence, mais l'axe est mal ajusté à une monarchie absolue.
L'État prend en charge l'industrie, la marine, les routes et les canaux, mais laisse hors de son champ l'éducation et l'assistance, confiées à l'Église.
Culture et société
Appartenance par sujétion au roi plutôt que par nationalité au sens moderne ; l'unité linguistique et religieuse est néanmoins recherchée.
Révocation de l'édit de Nantes en 1685, unité religieuse imposée par la force. Intervention forte, sans gouvernement par le clergé.
Société d'ordres où le rang détermine les droits, les impôts et les peines. Position très basse, non contestée à l'époque.
Ordre social hérité et hiérarchie des ordres présentés comme immuables, dans un État par ailleurs modernisateur en matière technique.
Reconnaissance politique des appartenances périphérique
-30
Uniformisation administrative contre les privilèges provinciaux, sans doctrine universaliste explicite.
Droit divin des rois : la légitimité descend de Dieu, non du consentement. Position transcendante, sans être théocratique puisque le pouvoir reste laïc.
International
Guerres de conquête continentales et expansion coloniale continues sous le règne. Position interventionniste vérifiable par les faits.
Ouverture aux migrations sans position
+0
La notion n'a pas d'équivalent moderne ; les déplacements sont encadrés par le statut personnel, non par une politique migratoire. Position neutre par anachronisme de l'axe.
Souveraineté du roi comme principe fondateur, dans le système d'États issu des traités de Westphalie.
Écologie
Axe anachronique. L'ordonnance des Eaux et Forêts de 1669, qui réglemente l'exploitation du bois pour la marine, relève pourtant d'une contrainte administrative sur une ressource. Position déduite avec prudence.
Accroissement de la production et des réserves métalliques comme finalité explicite de la politique économique.
Pour aller plus loin
- Le texte fondateur du libéralisme économique, et beaucoup moins univoque que sa réputation. Smith y défend la division du travail et le marché, mais aussi l'instruction publique, une fiscalité assise sur la rente foncière et une méfiance envers les marchands qui conspirent contre le public. À lire pour mesurer l'écart entre l'auteur et ce qu'on lui fait dire.
- Le Capitalisme et l'État en France. Modernisation et dirigisme au XXe siècleL'histoire de la planification française à la source : comment un État a oriente l'investissement sans posséder l'essentiel de l'économie. La référence pour situer le dirigisme d'après-guerre, qui ne se confond ni avec le socialisme ni avec le libéralisme.